15.02.2012

Mort depuis trois ans...

Mourir seul et dans l’indifférence. C’est un fait divers. Divers mais pas anodin et révélateur d’une tendance inquiétante.

Il s’agit d’un homme de 78 ans, habitant une « barre d’immeubles » quelque part en France. Un homme mort depuis trois ans sans que personne ne s’en soit rendu compte. Personne. Personne à qui il a manqué. Sa pension était versée sur un compte, le montant de son loyer et de ses factures prélevé automatiquement. Dans sa boîte aux lettres, des publicités mais pas une seule lettre. Il aura fallu une radio allumée, apparemment par un pigeon qui se serait introduit par une fenêtre entrouverte, pour que des voisins d’émeuvent du dérangement causé. Avant cela, rien.

Bien entendu, on peut s’arrêter au fait divers, se dire que d’autres meurent aussi, souffrent, qu’il y a plus important. Que cet homme a peut-être recherché la solitude, volontairement ou non. Peut-être a-t-il causé tant de mal autour de lui qu’on l’a fuit au point de l’oublier. Si l’on veut. Mais quand même, tant d’indifférence, ce manque d’intérêt pour son voisin, son proche. Cet homme ne vivait pas au milieu de nulle part. Non, il vivait en ville au milieu de tous. Ça ne vous interpelle pas ? Non ?

Bien entendu, ça ne pourrait pas vous arriver à vous. Ni à vos proches. En êtes-vous si sûr ? Moi pas.

Mais surtout, au-delà du cas particulier, ne doit-on pas regretter une société dans laquelle le lien peut se distendre au point de disparaître avant même de mourir et sans quitter un centre-ville. Parce qu’il ne faut pas se tromper : si cet homme est mort dans l’indifférence, c’est qu’il vivait dans l’indifférence. C’est que l’absence de lien le rendait totalement transparent et imperceptible aux autres. Moi, ça me fait froid dans le dos !

 

08.09.2011

La crise et après?

En réaction à un article posté sur son blog par Bruno Colmant (http://blogs.lecho.be/colmant/2011/09/un-automne-volatil....), voici ce que j'ai répondu:

Nous sommes nombreux, économistes, observateurs ou simples citoyens, à partager ce type d’analyse. Elle est tristement convaincante. Mais comment aller au-delà ? Quelles solutions y apporter ? Et, surtout, comment absorber les chocs inévitables ? Certaines catégories de personnes s’en sortiront plutôt bien malgré un appauvrissement collectif. Mais les autres ? Les déjà pauvres et les futurs déclassés ? Quelle société leur promet-on ?

Ce n’est pas une réaction défaitiste que de se préparer au pire. Nous devons évidemment continuer à nous battre pour sauver notre modèle économique ou pour le faire évoluer de manière à minimiser les conséquences de la crise et de nos erreurs passées. Mais, comme vous le dites, il y aura appauvrissement. Beaucoup le savent et le craignent. D'autres (se) le cachent mais ce n'est pas la position la plus adéquate / enviable.  

Il y aura plus de chômage, de sentiment d’échec, de solitude, d’absence de lendemain. C’est déjà le cas, d’ailleurs. La peur pour soi, la peur pour ses enfants sont des sentiments qui avaient disparus comme une maladie que l’on croyait éradiquée par un vaccin miraculeux. Ils sont revenus. Il est donc désormais urgent de s’interroger sur le modèle de société que nous voulons pour absorber ces chocs, rendre du bien-être à ceux que l’économie et la mauvaise gestion politique de celle-ci conduiront à la  chute. Trouver un modèle où les liens, le partage et la solidarité, l’effort collectif côtoieront l’intelligence, la curiosité, la connaissance, le dépassement de soi, le plaisir d’agir, de bien faire,…

Officiellement, on cherche depuis longtemps. Il va bien falloir par trouver !

 

07.08.2011

Quand l'autre entre en scène

Alors qu’au cours de la soirée j’ai eu le sentiment de ne pas convaincre en évoquant certaines idées et de ne trouver que très peu de reconnaissance dans le regard de mes interlocuteurs lorsque je les développais, je me suis replongé, avant de m’endormir, dans Cinq questions de morale d’Umberto Eco. Et j’y ai trouvé (en page 122 de l’édition de Poche, dans le chapitre « Quand l’autre entre en scène », partie d’un échange avec le Cardinal Martini sur le thème «  en quoi croit celui qui ne croit pas »), les hasards sont parfois surprenants, un passage qui me trouble encore maintenant, non pour son rapport à la foi mais bien plus simplement pour l’importance de l’autre dans la construction de soi, dans le développement de l’estime de soi : « Pas plus que nous ne pouvons vivre sans manger ni dormir, nous ne parvenons pas à comprendre qui nous sommes sans le regard et la réponse de l’autre. Même celui qui tue, viole, vole, outrage, le fait à des moments exceptionnels, et, le reste du temps, il mendie auprès de ses semblables approbation, amour, respect, louange. Même à l’être qu’il humilie, il demande la reconnaissance de la peur et de la soumission. Sans cette reconnaissance, l’enfant né en pleine forêt ne s’humanise pas (ou bien, à l’instar de Tarzan, il cherche à tout prix l’autre dans le visage d’un singe), et l’on pourrait mourir ou devenir fou si l’on vivait dans une communauté dont chaque membre aurait décidé, systématiquement, de ne jamais nous regarder et de se comporter comme si nous n’existions pas. »

On a beau disposer d’une force, d’un potentiel, d’idées et d’énergie, la clé et le moteur sont ailleurs. Que l’autre nous les accorde est un cadeau sans prix, qu’il nous les refuse est une forme de barbarie. Et si l’on songe au lien entre les humains, aux liens qui se sont distendus dans nos sociétés, que nous gagnerions à retisser, nous devrions non pas nous focaliser sur des objectifs matérialistes, économiques ou politiques mais bien sur la dimension fondamentale de nos rapports : (ré)apprendre à offrir à l’autre l’attention, le regard et l’écoute qui lui permettront de s’aimer, de se construire, de se développer, avec ses qualités et ses défauts, ses forces et faiblesses, tel qu’il est et tel qu’il veut être, sans psy ni coach, simplement avec les siens… Du coup, j’ai mal dormi…