15.02.2012

Mort depuis trois ans...

Mourir seul et dans l’indifférence. C’est un fait divers. Divers mais pas anodin et révélateur d’une tendance inquiétante.

Il s’agit d’un homme de 78 ans, habitant une « barre d’immeubles » quelque part en France. Un homme mort depuis trois ans sans que personne ne s’en soit rendu compte. Personne. Personne à qui il a manqué. Sa pension était versée sur un compte, le montant de son loyer et de ses factures prélevé automatiquement. Dans sa boîte aux lettres, des publicités mais pas une seule lettre. Il aura fallu une radio allumée, apparemment par un pigeon qui se serait introduit par une fenêtre entrouverte, pour que des voisins d’émeuvent du dérangement causé. Avant cela, rien.

Bien entendu, on peut s’arrêter au fait divers, se dire que d’autres meurent aussi, souffrent, qu’il y a plus important. Que cet homme a peut-être recherché la solitude, volontairement ou non. Peut-être a-t-il causé tant de mal autour de lui qu’on l’a fuit au point de l’oublier. Si l’on veut. Mais quand même, tant d’indifférence, ce manque d’intérêt pour son voisin, son proche. Cet homme ne vivait pas au milieu de nulle part. Non, il vivait en ville au milieu de tous. Ça ne vous interpelle pas ? Non ?

Bien entendu, ça ne pourrait pas vous arriver à vous. Ni à vos proches. En êtes-vous si sûr ? Moi pas.

Mais surtout, au-delà du cas particulier, ne doit-on pas regretter une société dans laquelle le lien peut se distendre au point de disparaître avant même de mourir et sans quitter un centre-ville. Parce qu’il ne faut pas se tromper : si cet homme est mort dans l’indifférence, c’est qu’il vivait dans l’indifférence. C’est que l’absence de lien le rendait totalement transparent et imperceptible aux autres. Moi, ça me fait froid dans le dos !