15.05.2012

A propos de croissance...

Je vous invite à visionner l’émission C Dans l’Air d’hier soir (http://www.france5.fr/c-dans-l-air/europe/vous-avez-dit-croissance-36113) à propos de la problématique de croissance en Europe.

Les intervenants y ont notamment débattu du cas grec, au cœur de nos préoccupations du moment. Mais ce pays est une caricature de ce que nous connaissons dans d’autres Etat européens ; il n’est pas l’unique malade. Nos économies connaissent toutes, à des degrés divers évidemment et excepté l’Allemagne pour l’instant, des problèmes structurels depuis une quarantaine d’années. Certes, nous vivons une période de crise dans la mesure où les indicateurs sont plus mauvais qu’en période normale mais cette période normale, elle-même, offre de moins en moins d’emplois et ne couvre plus nos besoins collectifs (fonctionnement des Etats, politiques sociales et de santé, construction et entretien des infrastructures,…). Bon an mal an, notre économie décline et avec elle, l’ensemble de notre modèle. En découle une profonde insécurité, réelle ou ressentie, au sein des populations européenne et, plus ou moins directement, une montée des populismes (je vous invite à lire, à ce sujet, l’excellent livre de Dominique Reynié : « Populismes : la pente fatale ». Ce n’est évidemment pas un livre d’économie mais il y décrit notamment le populisme patrimonial. La politique se nourrit d’économie et l’économie de politique… tout est lié !).

Nous n’avons pas trente-six solutions pour redresser la barre. Pour simplifier, je pense qu’il y en a trois :

-          Soit nous continuons la politique strictement libérale par laquelle l’Etat et les politiques mettent en place un cadre plus ou moins réduit dans lequel les acteurs agissent en grande autonomie ;

-          Soit nous choisissons une économie dirigée, au sens communiste ;

-          Soit nous recherchons une troisième voie, intermédiaire et, selon moi, plus intelligente.

Les intervenants de l’émission nous éclairent sur le raisonnement à tenir :

En quoi consisterait une politique de croissance ? Bernard Maris y répond très clairement : Aucun pays d’Europe n’a de politique de croissance, sauf l’Allemagne. Le seul pays qui a un business plan, qui sache ce qu’il veut pour les vingt qui viennent, c’est l’Allemagne. Mais les autres n’ont pas de plan pour les 10 ans, 15 ans, 20 ans à venir ! C’est exactement la question qui est posée à l’Europe. Le terminus, c’est la Grèce. Au-delà, il faut savoir ce que l’on veut pour les vingt qui viennent ! Il faudrait une sorte de commissariat au plan, non qui planifie l’économie mais qui définit un projet et qui établit une stratégie pour le mener à bien. Par exemple, l’économie verte. Ce serait d’ailleurs formidable de le faire à l’échelle de l’Europe parce qu’il y aurait des économies d’échelle. Mais il faut avoir un projet industriel parce que, si on n’en a pas, on construira des autoroutes qui mènent nulle part ou des aéroports sans avion. Et Nicolas Bouzou de renchérir en précisant que la croissance dans le monde existe. Il y a des gisements de croissance sans précédent dans le monde. Pour s’inscrire dans ce mouvement, il faut articuler des politiques de court terme et de long terme. Les politiques de long terme, c’est quoi ? C’est l’innovation, notamment. Il y a de nombreux domaines dans lesquels on est bons en Europe : l’agroalimentaire, l’énergie, la santé, les biotechnologies,… Il faut réorienter les investissements vers ces domaines. Des aéroports ou des lignes de chemin de fer, il y en a partout. Mais, tout libéral qu’il est, il considère que si on subventionne une usine de captation du CO2, c’est utile. Ça ne va pas donner énormément d’emplois tout de suite. C’est du long terme. En attendant, ces infrastructures doivent être pensées et construites. C’est déjà de l’emploi…

Le rôle de l’Etat doit se situer entre le simple cadre dans lequel le marché agit et le dirigisme communiste. Excluons rapidement le second dans la mesure où il ne peut fonctionner qu’en limitant les libertés individuelles, ce que nous ne souhaitons pas pour nous… Notre cadre libéral, lui, a de nombreux avantages. Et il faut le dire, associé à des politiques de redistribution croissantes, je trouve qu’il n’a pas démérité. Sauf qu’il a atteint ses limites dès les années ’80. Face aux crises, et sous l’influence de dirigeants comme Thatcher ou Reagan, les Etats ont reculé laissant le champ libre aux marchés, renforçant les capacités des individus et des entreprises mais en perdant toute direction. On a considéré que « le marché » trouverait seul la bonne direction et que l’Etat est un frein à la croissance : les acteurs qui ne la trouvent pas disparaissent, seuls subsistent ceux qui s’inscrivent dans cette « bonne direction ». Malheureusement, non seulement, les perdants sont désormais beaucoup trop nombreux mais, surtout, l’ensemble des économies occidentales ayant atteint une certaine maturité perd le Nord (sans mauvais jeu de mots). Cette vision n’était donc pas la bonne.

Il nous faut une direction. Il nous faut une stratégie. Pays par pays d’abord, les stratégies doivent être coordonnées à l’échelle de l’Union, ensuite. Et une fois les directions données, aux acteurs de jouer leur rôle avec un cadre légal adapté, des outils financiers, d’information, de collaboration, de partage des connaissances, des infrastructures, un enseignement, etc. eux aussi adaptés aux objectifs poursuivis. On verra qu’il est possible de s’écarter, par des choix adéquats, de la problématique qui nous aveugle actuellement : la productivité. Dans les marchés où nous sommes plus forts que nos concurrents, ou a fortiori ceux où nous n’en avons pas, le coût du travail est une donnée marginale ! C’est la stratégie Océan bleu !

En découleront naturellement l’inscription de nombreux citoyens dans un projet collectif, une identification à ce projet, de nouveaux liens entre les individus, une autre forme de solidarité que celle qui est centralisée et supportée actuellement par les Etats, où l’influence du clientélisme et de l’assistanat sera naturellement réduite. Les mots-clés sont là : au-delà de la stratégie, il y a la dimension collective du projet. Les individus, actuellement sans direction (au sens propre !), livrés à eux-mêmes se sentent perdus. Ayons une direction et une grosse part de la pression que nous ressentons au jour le jour diminuera. On le voit, même si je raccourcis volontairement le raisonnement, les conséquences sociétales apparaissent vite !

Nous avons tout à gagner à nous diriger dans une voie plus intelligente. À ce jour, outre l’Allemagne, seuls les écologistes ont proposé une stratégie construite, modélisée et intégrée. Ils ont défini de grandes orientations industrielles, les moyens à y investir, ceux dont il faut se passer, les contraintes et objectifs sociétaux,… Je ne comprends pas qu’ils soient les seuls et, surtout, que les dirigeants au pouvoir ne fassent pas de même. Qu’attendons-nous ?

23.12.2011

Un voeu, un seul...

À l’heure des bilans, d’aucuns se satisfont de leurs résultats financiers. D’autres, au contraire – et je crains qu’ils soient de plus en plus nombreux -, angoissent à la vue des chiffres de leur activité (ou de l’absence d’activité). Les uns se disent qu’ils seront encore plus riches demain, les autres prennent conscience qu’il est désormais possible de chuter. D’autres reportent d’un an, encore, l’espoir de refaire enfin surface. En découlent pour tous la volonté de sécuriser ses acquis et de protéger les siens, le repli sur soi, le rejet de tout ce qui peut ressembler, de près ou de loin, à un danger.

Tout cela est profondément naturel. Les humains agissent de la sorte depuis la nuit des temps. Mais ceci étant dit, s’arrête-t-on à ce constat ? Nous avons toujours fait comme ça, c’est notre nature et on n’y peut rien changer ?

Ah, non ! Pas ça ! Moi, ce qui m’inquiète, c’est précisément que les principaux caractères humains n’aient pas ou aient trop peu évolué depuis des siècles. Il suffit pour s’en convaincre de (re)lire Platon, Thomas More ou Erasme. Tous dénoncent la cupidité, la soif de pouvoir, l’égoïsme, la bêtise, le rejet de l’autre. Or, c’est justement ce repli sur soi et ce rejet de l’autre qui enferment les esprits et, par conséquent, réduisent nos capacités à comprendre notre monde, notre environnement, les enjeux et contraintes, la culture, les droits et devoirs d’autrui, etc. Ils réduisent en outre nos capacités à allier nos forces, à conjuguer nos efforts, à collaborer efficacement afin d'atteindre des objectifs qui nous dépassent individuellement.

Nous disposons pourtant de capacités intellectuelles et cognitives permettant de dépasser ces mécanismes. Mais il nous faut revoir nos modes de pensée et l’éducation des générations futures afin que, tous, nous inversions l’affirmation de la Folie d’Erasme selon laquelle plus on est fou, plus on est heureux. Malheureusement, et Lionel Naccache l’avait aussi montré dans son livre Perdons-nous connaissance, l’Humanité s’est développée et organisée autour de la peur du savoir. Il faut donc impérativement et rapidement déclarer que cette peur est dépassée, le refus d’apprendre, de réfléchir et d’évoluer, les idées courtes doivent être illégaux, inciviques parce que contraires à l’intérêt général.

Nous devons inverser la chaîne des récompenses et reconnaissances, valoriser les intellectuels plutôt que les marchands ou les joueurs de foot. Valoriser aussi l’apport aux autres plutôt que les signes extérieurs de richesse, les fausses apparences et le commerce inutile. Transformer le sens du mot richesse.

Et à propos de richesse, le débat sur la croissance va s’approfondir dans les prochaines années. Les dogmes s’opposeront : pour ou contre la croissance. Et s’il y a croissance, à qui profitera-t-elle ? Certes, mais il nous faut dépasser ces dogmes, idées courtes par excellence, et utiliser notre puissance intellectuelle pour aller au-delà. La croissance va se poursuivre (sauf si notre civilisation sombre), mais elle prendra d’autres formes (sans quoi notre civilisation sombrera). Je vous invite à relire J. Stiglitz sur ce thème. Nous allons apprendre, j’en suis certain, à faire plus et mieux avec moins, à dématérialiser une partie de nos activités, à recycler toujours plus. Et nous allons apprendre à valoriser le savoir, la culture, la réflexion, la modélisation, l’anticipation, la prospective, l’organisation, le long terme,… au détriment du gain rapide, irresponsable et malhonnête.

L’Humanité sera-t-elle plus heureuse alors ? Je n’en sais rien. Mais si nous voulons sortir durablement de cette crise complexe (économique, financière, politique, sociale, démocratique, environnementale, démographique) que nous traversons depuis, de mon point de vue, plus de quarante ans, dépassons les schémas de toujours et faisons évoluer l’esprit et l’intelligence.

Et si nous pouvons dépasser le repli sur soi, l’égoïsme et la cupidité par l’intelligence, la réflexion et l’éducation, nous verrons qu’il est possible de combiner la coopération au sein d’un environnement organisé ET la liberté individuelle, qu’il est possible de vivre ensemble, de nourrir et de satisfaire tous les besoins primaires de l’Humanité, d’exister sans détruire et sans combattre, de muliplier les instants de bonheur sans pour autant posséder toujours plus. Si j’ai un vœu à formuler à l’approche de la nouvelle année, eh bien voilà, c’est celui-là !

17.09.2011

Nos libertés, la démocratie

Le Vif / l’Express de cette semaine publie une interview de Vincent de Coorebyter, philosophe avant d’être directeur du Crisp et, selon moi, l’un des observateurs les plus intelligents et intéressants de la vie politique et de la société belge (c’est toujours intéressant de fayoter dans un pays aussi petit où tout le monde se connaît, on se sait jamais… mais, blague à part, je le pense sincèrement). M. de Coorbyter constate l’affaiblissement de la démocratie et énumère quelques causes de ce phénomène. Parmi elles, l’exercice de la liberté individuelle. Il met le doigt là où ça fait mal ou plutôt, là où ça va faire très mal si nous n’adaptons pas rapidement et courageusement notre système politique, nos valeurs, nos comportements, l’éducation de nos enfants,…

L’exercice de cette liberté inscrite dans nos constitutions, dans nos traités internationaux (dont le plus beau et le plus ambitieux : la Déclaration Universelle des droits de l’Homme), dans nos esprits et notre quotidien, est un formidable moteur menant au bien-être de tous. C’est indéniable pour moi. Mais il semble que cette évolution puisse suivre une courbe semblable à celle de Gauss, plus ou moins plate selon son ancienneté, et que, passé un sommet, le moteur nous entraîne vers un déclin. Si tel est le cas, et l’actualité des dernières années semble le montrer, quel est l’élément qui inverse le sens de la courbe ? Je pense qu’une réponse possible pourrait être la conjonction d’une mauvaise compréhension de la liberté en elle-même par ceux qui l’exercent (individus, associations, groupes politiques, entreprises,…) et la volonté de certains de conserver un modèle bipolaire où les uns se réservent le pouvoir, malgré les apparences, face à d’autres qui, qu’ils veuillent ou non de ce pouvoir, désirent, plus que tout, vivre en paix (vous donnerez le sens que vous voudrez à ce mot). Je m’explique.

La liberté individuelle implique qu’elle ne soit pas absolue, qu’elle puisse s’exercer dans un cadre collectif et dans le respect de l’autre. Cependant, étendre les libertés implique nécessairement que l’on abatte les interdits, que l’on réduise les obligations, que l’on uniformise les droits, que l’on interdise que certains détiennent des privilèges dont les autres ne disposent pas. Dès lors, deux voies sont possibles : soit les élites perdent leurs droits exceptionnels et ces droits disparaissent pour tous (ce qui est à la fois absurde dans la théorie et impossible dans la pratique) soit, au contraire, on tente d’élever l’ensemble de la société au bien-être des élites. Cette deuxième voie est le pari (ou la promesse) de nos sociétés (démocratiques, occidentales, industrielles, libérales et capitalistes). Passé le temps du servage, donc, libre à chacun de travailler, d’entreprendre, d’inventer, de spéculer voire de tricher afin de s’élever matériellement et socialement, de se donner les moyens d’accéder au luxe et aux privilèges, aux libertés qu’offrent l’argent et le statut social. Et, paradoxalement, ce phénomène né de la liberté individuelle est renforcé par la présence croissante de l’Etat dit « providence » : les individus contribuent à son fonctionnement par l’impôt, ce qui permet de développer des services publics et, dès lors, on en vient à considérer que l’on paie pour pouvoir se concentrer sur sa propre vie, son propre bien-être. À l’Etat de jouer son rôle, le reste… chacun pour soi. Je caricature ? Certes, je réduis un phénomène mûri pendant trois siècles à quelques lignes. Bon… Mais derrière les gros traits, je le crois vrai. Et il est d’ailleurs très amusant de constater que ceux qui veulent plus de pouvoir pour développer leur propre bien-être individuel, veulent aussi moins d’Etat, parce que moins d’impôts... sans penser aux conséquences, même pour les plus riches !

Poursuivons. Outre l’encadrement, la liberté individuelle implique aussi que, si chacun prend son destin en main, il ait les moyens intellectuels de se mouvoir dans le monde, de comprendre les règles, ses droits et devoirs, les opportunités et menaces. Les Etats ont donc répondu à ce besoin en développant un enseignement public à côté d’un homologue privé bien plus ancien et réservé aux élites. En cela, ils ont évidemment été bien inspirés. Cependant, rapidement, certains ont compris l’éducation scolaire comme un accès au métier, une préparation à un rôle plus pragmatique que celui de citoyen : ouvrier, employé, ressource humaine. On va à l’école pour avoir un boulot, si possible bien payé. Être citoyen ? Comprendre la société ? S’intéresser à la vie de la Cité ? A quoi bon…

Avait-on intérêt à ne pas encourager les individus à devenir des citoyens et à ne pas faire coïncider l’enseignement à la complexité croissante du monde ? On aurait pourtant gagné à évoluer vers l’intelligence, la compréhension du rôle de chacun dans un ensemble et des conséquences des actes de tous pour la collectivité. Dans un accès de paranoïa, on pourrait aisément se dire qu’il y avait un intérêt, pour certains, à maintenir les individus, même éduqués, à rester plus « enfants / consommateurs » qu’ « adultes », acteurs à la fois individuels et collectifs. Entendons-nous, je ne pense pas à une grande conspiration ou à une action délibérée d’un groupe de puissants désireux de devenir « maître du monde ». Même si certaines entreprises multinationales pourraient laisser penser le contraire, je ne pense pas que nous en soyons là. Et je ne suis pas paranoïaque à ce point ! Non, il s’agit plus d’une tendance suivie, dans un élan commun, par les gagnants et les perdants, d’un courant contre lequel, officiellement, il serait vain de se dresser.

Donc, en comprenant mal le sens de la liberté et ses limites, d’une part, et les objectifs de l’éducation, d’autre part, j’irais volontiers jusqu’à affirmer que la démocratie s’est tout bonnement tiré une balle dans le pied. Et, dès lors, le sommet de la courbe est passé (quand ? Je fixerais volontiers le point de rupture à la seconde Guerre mondiale mais cette affirmation demanderait une longue explication) et l’exercice de la liberté individuelle devient nuisible (que ces mots me sont douloureux !) à la démocratie dans son ensemble. Et si effectivement, notre évolution suit une courbe de la forme de celle de Gauss et si elle est plus ou moins plate selon l’ancienneté de la tendance menant à plus ou moins de liberté, donc selon le pays, je n’ose imaginer la rapidité de la chute pour les peuples ayant connu une évolution fulgurante ces dernières années.

On pourrait ajouter de nombreuses autres causes de l’affaiblissement de la démocratie mais, il me semble qu’elles découlent majoritairement de celles que je viens de présenter. Un exemple : nos leaders n’ont plus de projet à long terme (ou n’osent pas / n’arrivent pas à les porter, ce qui revient au même) parce que leur temps politique est plus celui des médias et des élections que celui de la société. La liberté d’exprimer son opinion, par la presse, le vote, les manifestations, etc. mettent une pression si forte sur les dirigeants que leurs marges de manœuvre s’en trouvent réduites, alors que les individus, eux, n’ont pas (ou insuffisamment) de vision globale d’un éventuel projet et décident généralement pour leur seul intérêt.

Il est pourtant encore possible d’inverser la tendance. Nous devons nous autolimiter et recadrer nos libertés afin qu’elles s’intègrent dans un projet collectif viable. Sans  cela, notre histoire nous entraînera, malgré nous et de notre fait, vers une crise telle qu’elle ne pourra qu’être récupérée par un nouveau régime, totalitaire celui-là (ou à nouveau). Entre-temps, nous aurons connu une crise gravissime dont je n’ose imaginer le visage. Évitons-la !

Le chantier est gigantesque mais d’autres, avant nous, ont abattu un travail bien plus considérable. Des grands hommes (non, je ne pense pas aux « héros » responsables des massacres qui font la fierté des nations!) ont transformé nos villes et nos modèles, organisé nos sociétés et les rapports entres les individus. Ils ont réduit les distances entre les familles et entre les peuples, donc entre les cultures, affaibli le pouvoir des religions au profit de la liberté de penser, transféré la puissance des armées aux institutions démocratiques, ouvert la porte des écoles (avec les limites citées plus haut),...

A nous de désigner nos grands hommes, ceux qui emmèneront leurs peuples vers un autre stade d’évolution, vers un âge adulte, ceux qui donneront un autre visage à nos démocraties. Et peut-être, d’ailleurs, devrons-nous inventer d’autres formes de gouvernance  a priori contraires au modèle que nous défendons. Peut-être pourrions-nous, un jour, disposer, au-dessus de nos institutions nationales et supranationales démocratiques, d’un organe constitué de « sages » non pas élus mais cooptés, dont les conditions de fonctionnement les placeraient naturellement au-dessus de la mêlée et de la vie des humains, isolés d’elle, pour le bien de l’ensemble de l’Humanité (notamment pour régler les questions de surpopulation, de gestion de biens collectifs comme l'eau, l'air,...). Alors, peut-être, nos libertés ne seront plus un danger pour nous et pour elles-mêmes.

 

Note: M. de Coorebyter fait référence, en fin d'interview, au très intéressant livre de Christian de Duve, Génétique du Péché originel (Odile Jacob, 2009). C'est assurément un livre à lire en ces temps de repli sur soi et de questionnement quant à l'avenir de l'Humanité, à la surpopulation, à la violence, à la bonne cohabitation entre les peuples. Il suggère des réponses difficiles aux problèmes qui sont les nôtres mais insiste sur l'impérieuse nécessité d'accéder à un stade supérieur d'évolution.