25.04.2012
L'après FN...
Les résultats des élections présidentielles françaises confirment une tendance lourde en Europe : la montée des extrêmes et, avec elle, celle des nationalismes, du rejet des élites et du « système ». On nous parle de vote sanction… Je veux bien pour une part mais on ne peut nier le socle solide et croissant sur lequel ces partis prennent pied à chaque scrutin. Quel est-il ?
Les principales cibles de cet électorat ne sont plus uniquement des fachos nostalgiques du nazisme, de l’Algérie perdue, de conservateurs voyant leurs filles fricoter avec des étrangers trop bronzés, le travail qu’ils prennent aux nationaux,… Enfin, je vous passe les clichés inutiles autant que répugnants.
Non, désormais, la cible s’est élargie aux classes ouvrières, aux agriculteurs, à toute une frange de la population disposant à la fois de faibles revenus et d’une formation limitée, plutôt éloignée de centres urbains et des communautés qu’elle dénonce, confrontée à un avenir de plus en plus sombre. Une population qui ne sait plus où elle va, qui se sent abandonnée par les élites et l’Etat, ceux-là mêmes qui laissent filer les entreprises à l’étranger, qui accordent trop de libertés aux marchés, qui dilapident le patrimoine national, etc. Ceux-là mêmes qui ne parviennent plus à conduire le pays, à protéger sa population et qui continuent à se gaver. Évidemment, tout ceci est aussi caricatural que les clichés fascistes. Mais dans un monde de plus en plus difficile à comprendre et lorsqu’on manque de culture politique, historique, économique, géopolitique,… on s’y raccroche plus facilement qu’à une réflexion complexe.
Donc, oui, j’accuse très clairement ces électeurs de réfléchir insuffisamment au fondement de leur idéologie, si tant est qu’ils en aient une, et à la portée de leur acte. Mais il faut relativiser cette accusation.
Tout d’abord, s’ils sont insuffisamment cultivés, au sens où je l’entends ci-dessus, la responsabilité en revient aux dirigeants des décennies passées et qui ont cru bon de réduire les budgets et la rigueur de l’éducation, tant à l’école qu’à l’extérieur (médias, notamment). Depuis quarante ans, voire plus, l’école ne forme plus des citoyens mais des futurs « travailleurs » ; la richesse individuelle, et donc nationale, devant tirer l’ensemble de la population vers un état de bonheur qui l’écarterait de questions politiques, de l’expression de frustrations diverses,… Erreur ! Ce faisant, l’écart s’est creusé entre ces populations et les élites, les uns ne comprenant plus les autres, tous se sentant dépositaires de droits alors qu’ils sont incapables de les exercer.
Ensuite, et ceci est évidemment lié à ce qui précède, les dirigeants manquent à la fois d’une vision, d’un projet de société, d’une stratégie pour y parvenir et, même s’ils en avaient, des capacités de motiver autour d’un projet collectif. Les écologistes constituent une exception parce qu’ils ont su développer un projet cohérent mettant en œuvre des actions complémentaires et multidisciplinaires. Mais ce projet reste mal porté.
Outre la pensée (ou l’absence de pensée), dans l’action, les dirigeants réagissent au plus vite aux événements, au coup par coup, qu’ils improvisent en défense, et M. Sarkozy en est un bel exemple… Ajoutons à cela, un manque de charisme généralisé, une langue de bois inacceptable dans nos démocraties informées,… et l’on comprendra que les citoyens ne soient plus fiers de leurs dirigeants.
Fiers… Ils ne sont plus fiers non plus de leur pays. Et comment l’être lorsqu’une ancienne puissance politique et économique, au large rayonnement culturel (la France en était une, mais la Belgique également), est dissipée dans un monde globalisé où les pays émergents ont désormais leur mot à dire ? Surtout, comment l’être lorsque les dirigeants n’ont plus de projet pour le pays dans ce monde au point que l’on observe notre descente avec fatalisme… Au point aussi, que l’on accuse le seul vrai projet collectif que nous ayons, la construction européenne, de tous nos maux !
La réponse à ceci est évidemment extrêmement complexe et sa mise en œuvre, si elle est possible, sera longue. Mais elle repose, selon moi, sur une revalorisation du savoir, d’une culture générale qui construit un citoyen avant de produire de la main d’œuvre, sur l’identification de pistes de développement qui feront l’objet d’une stratégie collective et d’une mobilisation des acteurs pour aller dans ce sens. Il nous faut revaloriser l’effort, oui, mais dans un contexte collectif !
Il nous manque aussi une pensée plus systémique organisée au sein d’une gouvernance intégrée. Tout cela est lié, évidemment, tout est cause et conséquence, tout influence et est influencé par le contexte. Une stratégie est à la fois entraînée par le savoir et origine de nouvelles recherches et connaissances. Les acteurs, de toutes classes sociales, sont à la fois responsables de la qualité de leur apport individuel au projet collectif mais aussi tributaires du cadre dans lequel ils évoluent, des influx qu’ils ont reçus… et bénéficiaires des retombées, qu’elles soient financières ou qu’elles prennent la forme d’une plus grande reconnaissance, d’une fierté, d’un bien-être croissant,… que sais-je ?
Nos pays ont besoin de projets et de leaders pour les porter. Nos peuples ont besoin de croire en l’avenir. Sans cela, ils se replieront inexorablement sur leur passé, sur leurs « semblables », sur leurs acquis, leur patrimoine… jusqu’à se sentir en droit d’exprimer leurs frustrations sur un coupable désigné (une autre nation, une communauté, certaines classes sociales ou professions,…), jusqu’à confier leur avenir à n’importe qui… C’est ça qui est en marche. À nous d’inverser la tendance !
10:00 Écrit par Laurent Scholaers dans Economie, Géopolitique, Perso, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, stratégie, avenir, développement, grouvernance, gouvernance intégrée, systémique |
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20.04.2012
Suite...
La réponse à mon mail envoyé hier (lire...):
"La seule chose qu'il me reste à faire, c'est de continuer le combat pour que les assassins/violeurs de ce petites soient démasqués et jetés en prison !
Le problème, c'est que je suis seul mais je suis fier de mener ce combat pour la vérité !
Bien à vous,
Laurent Louis"
Et la mienne:
"Si vraiment vous avez un combat à mener, si vous le menez pour la liberté et la justice, il faudrait commencer par respecter les notions mêmes de liberté et de justice.
Avez-vous songé aux victimes, à leurs proches ? Auriez-vous agi de la même manière si ces deux petites filles avaient été vos nièces ou les filles de votre meilleur ami ? Auriez-vous infligé ça à leurs parents ?
À propos de liberté, vous semblez faire partie de ces gens qui la croient absolue, qu’elle peut être exercée sans limite par une cellule individuelle, indépendamment ou aux dépens de son entourage et de son contexte, des règles en vigueur dans une société donnée, des valeurs de cette société. Cette liberté absolue bafoue, pire !, tue la liberté elle-même. Vous la desservez donc.
Mais en réalité, je doute que votre combat soit réellement là. Vous semblez aussi faire partie de ces gens qui usent et abusent des règles démocratiques pour, sous prétexte de sauver un système politique, le détruire dans les faits. Il est normal et légitime que la société que vous tentez de détruire vous arrête en chemin.
Je le répète, la seule chose que vous ayez à faire, au minimum, est de présenter vos excuses aux parents, à vos collègues et à l’ensemble de la population. Et si vraiment vous souhaitez poursuivre ce « combat », faites-le de manière digne !"
Tout ceci ne mérite pas d'autre commentaire...
09:53 Écrit par Laurent Scholaers dans Perso, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, réaction, justice |
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19.04.2012
à Laurent Louis...
J’ai été profondément choqué par la menace du député Laurent Louis de montrer des photos prises lors de l’autopsie de Julie et Melissa. Qu’il détienne ce type de document est une chose, qu’il veuille les publier en est une autre. Je soutiens sans réserve la réaction des parlementaires à son égard et je ne comprendrais pas que des mesures ne soient pas prises à son encontre. Par ailleurs, voici le message que je viens de lui envoyer via son site internet :
« Cher Monsieur,
vous semblez ne pas bien comprendre la portée de vos démarches. Vous dites agir pour la transparence et la démocratie mais par excès de transparence, vous nuisez à la démocratie. Vous dites représenter le peuple mais vous lui nuisez, tant individuellement (les parents de Julie et Melissa) que collectivement. Visiblement, vous n'avez pas compris la portée de cette affaire, le traumastisme causé pour chacun de nous. Un manque d'empathie, peut-être? d'humanité? ou la simple mise en pratique des règles du bon petit populiste...?
Le peuple élit des représentants, ceux-ci votent les lois. C'est dans ce cadre qu'un représentant du peuple peut agir. Je vous rappelle qu'au nom du peuple, vous avez juré de respecter ses/ces lois. Si vous disposez d'éléments probants dans un dossier, quel qu'il soit, saissez la justice, usez des outils légaux mis à votre disposition. Mais cessez de faire honte à l'institution au sein de laquelle vous siégez.
Si tout ceci démontre une limite à notre système politique, c'est avant tout que des gens comme vous aient pu être élus. Vos sorties intempestives sont à la fois idiotes, à côté de la plaque et gratuitement méchantes.
La seule chose qu'il vous reste à faire, au minimum, c'est de présenter vos excuses aux parents, à vos collègues et au peuple que vous pensez représenter! »
J’espère que nous serons nombreux à nous indigner publiquement de ces agissements !
A lire: http://www.lesoir.be/actualite/belgique/2012-04-19/le-cdh...
17:08 Écrit par Laurent Scholaers dans Perso | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : laurent louis, photos, julie et melissa, parlement, député, politique |
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