15.02.2012

Mes lieux de pouvoir...

Cela fait plusieurs années, maintenant, que je tourne sans cesse autour d’une idée, d’une envie, d’un projet. Un projet intimement, indissociablement lié à ma personnalité. Il est moi, je suis lui. Il me motive, parfois m’épuise. Il me grandit et parfois me désespère. Mais, au fond de moi, j’ai la certitude qu’il me faut aller au bout. Pousser l’idée, répondre à cette envie, réaliser ce projet. Et dans les moments de doute, il y a toujours une force supérieure qui me relance dans cette voie.

J’avoue être fasciné par les lieux de pouvoir, ceux où l’on décide bien plus que ceux où l’on agit… Oh, je sais, il y a d’ores et déjà une incohérence dans cette phrase. Lieux de pouvoir, lieux d’action. Vous me direz : « les lieux où l’action se passe sont désormais les vrais lieux de pouvoir ». Oui, c’est vrai. Nos organisations ont fortement évolué et un large pouvoir est détenu par les managers de terrain. Les lieux de pouvoir, comme je les entends, sont dès lors les CA, surtout, et les comités de direction. Administrateurs et top managers peuvent faire et défaire une entreprise, choisir les grandes orientations stratégiques et les personnes pour les conduire. Mais, désormais, ils s’appuient bien plus qu’avant sur des dossiers préparés par leurs collaborateurs, managers, experts ou conseils extérieurs, ceux-là même qui  compilent, synthétisent, résument, concluent, conseillent. Parfois, les décideurs se contentent de valider ce travail préparatoire sans approfondir suffisamment leur propre réflexion.

Dans l’organigramme ou dans l’organisation de nos politiques, de nos stratégies, de nos entreprises, la pensée et la décision doivent elles-aussi être valorisées et reconnues face à l’action.

Ces lieux de décision doivent retrouver leur juste place et, dès lors, doivent être outillés, renforcés, animés. Les codes de bonne gouvernance vont d’ailleurs dans ce sens. On ne peut évidemment pas nier les initiatives visant à renforcer les efforts engagés. Des administrateurs, réunis en association, des consultants et autres experts y travaillent activement. Mais il manque des dimensions essentielles à l’exercice de la gouvernance, celle-ci étant trop focalisée sur les aspects financiers.

Les administrateurs doivent être capables d’envisager la complexité de leur organisation de manière plus large et plus profonde, de mettre les projets et stratégies en contexte, de les modéliser de manière plus précise en envisageant plus de scénarios possibles, plus de conséquences, sur plus de parties prenantes et sur un temps plus long. Tout n’est pas prévisible, mais on peut chercher à toujours aller plus loin dans ce sens.

Dans ma hiérarchie, la mienne, celle de mes goûts, celle définie par ma sensibilité, ma personnalité, mon fonctionnement naturel, le lieu de décision garde une place importante par rapport aux lieux d’action. Et mes travaux, ces dernières années m’y ramènent sans cesse. La gouvernance, la stratégie, la mise en relation d’idées, de concepts, de tendances, l’observation, la mise en contexte et en perspective, la transversalité, la gestion de la complexité sont autant de domaines qui me sont proches et dont je me nourris, que j’essaie de nourrir en retour. C’est ce qui m’anime… et c'est dans cette direction que j'avance, malgré les obstacles, les erreurs, les détours, les silences... C'est là que je dois aller.

12.01.2011

Un pas vers l'autre...

J’ai bien envie, aujourd’hui, de faire reposer ma réflexion sur un extrait du dernier édito de Jean Daniel (lire l'article...):

[A propos de Françoise Giroud :] « Françoise a vécu en effet une incroyable épreuve, et dont on ne se soucie plus comme si elle culpabilisait tout le monde : après avoir connu la célébrité que l'on sait, après « Elle, » et après « l'Express », et après avoir été ministre dans le gouvernement de Valéry Giscard d'Estaing, notre Françoise à été rejetée comme faisant partie d'un passé entièrement révolu, comme « une has been » qui ne pouvait intéresser que les personnes âgées. Ce qui parait inconcevable aujourd'hui, à bel et bien eu lieu.
Pendant cette période , un fameux jour , en fait une semaine après la mort de notre cher Maurice Clavel qui avait fait des éclats en inaugurant la première chronique de télévision publiée en France, un confrère , écrivain anarchiste et ami de talent, Walter Lewino, ancien pilote dans l'aviation de la France Libre , m'a interpellé de cette manière : « Pourquoi ne penses-tu pas à Françoise pour succéder à Clavel ?Pourquoi ne prendrais-tu pas l'initiative d'en finir avec l' injustice dont elle est la victime ? » C'est ce que j'ai fait contre l'avis de presque tous les miens. Françoise m'a répondu après quelques secondes... très longues, de silence. Elle m'a dit ensuite que c'était l'émotion, car elle avait fini par douter d'elle -même. Puis, elle m'a répondu : « Oui, de grand cœur. Mais nous jugerons de ma fidélité après cinq essais. » Dès la deuxième semaine, c'était gagné. Et c'est ainsi que Françoise après avoir été ma directrice à l'Express, est devenue pendant vingt ans, notre collaboratrice au Nouvel Obs. Elle a fait, en somme le même chemin politique que Mendès France.
[…]
Françoise m'a dit plus tard [à propos de Jean-Jacques Servan Schreiber]: « l'Imagination, la capacité d'oser et de surprendre, le goût du risque, la volonté de faire de chaque numéro un événement, tout cela c'était Jean- Jacques ». Giscard a dit avec beaucoup de bonheur que Jean-Jacques aimait l'avenir. François Erval disait de son coté : « Jean Jacques est un mégalo qui croit qu'il est un grand homme et qui arrive parfois à l'être. » La chute à été terrible, dramatique. »

Certaines personnes comptent à certains moments, puis ne comptent plus. On aime leurs qualités, puis elles deviennent des défauts insupportables. Certains les aiment, d’autres les détestent... pour les mêmes raisons, d’ailleurs ! Et pourtant, malgré les écueils, leurs forces et faiblesses, leurs talents restent intacts. Seule leur histoire les aura enrichis… ou parfois appauvris. Mais il n’y a que des humains, sensibles et ouverts, tolérants et bienveillants, clairvoyants aussi, tendres parfois, pour reconnaître ces talents et les accueillir auprès d’eux afin qu’ils les exercent librement. C’est un pari. Ces-mêmes humains y perdront peut-être, c'est évident. Plus vraisemblablement, ils y gagneront, quel que soit leur bénéfice et même si celui-ci n’est pas directement perceptible. Mais il faut du courage pour prendre de tels risques. Et je me demande parfois s’ils sont encore nombreux les humains courageux capables de faire ce pas vers l’autre, de parier sur des talents qui, peut-être, sont tout simplement trop différents pour être facilement (à première vue) compréhensibles… Je n’ai pas la réponse…

05.10.2009

Quelques lectures... (17)

Certains livres prêtent au sourire, lorsque ce qu’il relate porte sur les autres, qui vire au jaune lorsqu’on se rend compte que les autres, c’est aussi nous. Les Autres, c’est rien que des sales types de Jacques A. Bertrand (auteur aussi de J'aime pas les Autres) en fait partie. Cette galerie de portraits, qui vise drôlement juste, matraque le Con, le Touriste, l’Imbécile Heureux, le Parisien, le Provincial, etc. Mais mon préféré aura certainement été le Groupe, « Un ramassis de sales types qui fonctionne comme un seul homme. […] En principe, le groupuscule est composé d’au moins cinq individus […]. Ces individus se retrouvent alors en indivision et agissent désormais comme une entité unique. Généralement comme un Con. […] Le quotient intellectuel du groupe est inférieur à celui du plus bête des éléments qui le composent. Constitué de trouillards, le Groupe n’a pas peur. » Qu’on aimerait ne pas être inclus dans ce groupe… Irrésistible !

Quelqu’un cherche à vous trouver, de Marc Augé, est essentiellement une quête. Du passé, des origines, des amitiés. Julien, ancien prof d’âge mûr, est abordé par une jeune femme, Claire. Celle-ci lui annonce que quelqu’un cherche à le trouver. Elle prétexte sa pratique de la psychologie de la narration, narrapsy - pratique par laquelle elle évalue la manière dont l’histoire de deux personnes est racontée et d’en soustraire les éléments qui permettraient de se rencontrer - pour passer du temps avec Julien. Celui-ci lui fait découvrir son Paris, son passé, ses frustrations… tout en s’interrogeant sur l’identité de cette personne qui voudrait le retrouver. C’est un livre plaisant, attachant et prenant mais, malheureusement, alourdi par de certaines digressions qui, même si elles sont utiles à la compréhension de la vie de Julien, cassent fortement le rythme de la narration. J'en retiens cependant quelques phrases particulièremet inspirées sur l'origine "... un vilan défaut, ma chère Claire, comme le christianisme l'a bien compris avec son péché originel.[...] Revendiquer l'origine, l'héritage, la tradition, c'est l'arrogance de celui qui se croit riche. Généalogie: dynastie. C'est la richesse du pauvre d'esprit, qui a besoin du passé pour croire qu'il existe. [...]". Pas mal, non?