09.11.2011
Manifeste du G1000
Le 11 novembre 2011, un événement citoyen prendra place à Bruxelles. Il a été baptisé G1000 en référence, bien entendu, aux G8 et G20, lesquels sont des réunions des 8 et 20 principales puissances économiques. Ici, les « 1000 » sont des citoyens lambda tirés au sort (au sein de quel échantillon ? sur quels critères ? Sur le site, on nous dit qu’il est constitué par un organisme indépendant comme s’il s’agissait d’un sondage. Mais encore ?).
Ce G1000 vise à donner la parole à des citoyens sur un certain nombre de questions (démocratie, politique, avenir du pays, immigration, finance, éthique,…) et sur le principe, et même si je regrette vivement l’usage d’expressions telles que « « La démocratie s’est corrompue en une dictature des élections », je ne peux qu’applaudir l’initiative. Je reste cependant très dubitatif quant à la méthode, au résultat de cette journée et à l’usage qui en sera fait.
L’objectif est de discuter mais aussi de dégager une opinion, ou plutôt une prise de position de cet échantillon qui résultera d’un consensus. Que fera-t-on de ces prises de position ? Les présentera-t-on aux dirigeants comme étant la position de la population ? Il semble que ce soit bien le cas…
Et au sein des groupes de travail, quelle sera la méthodologie ? On nous dit que chaque table de dix personnes disposera d’un facilitateur et chacun aura la parole. Soit. Mais comment éviter que la parole d’un des membres de cette même table prenne le dessus sur celles des autres parce que l’émetteur sera plus convaincant, par ses arguments, l’efficacité de son langage, sa posture,… ? Et qui sera cette personne ? Un simple citoyen ou un militant ?
Mais surtout, j’en viens au sujet qui fâchera, quelle est la capacité réelle des participants ? On nous dit sur le site : « Chacun est l’expert de sa propre vie. Toutes les expériences en ce sens faites à l’étranger prouvent que des citoyens qui reçoivent suffisamment de temps et d’informations sont à même de trouver des solutions porteuses de sens. » De combien de temps disposeront-ils ? d’une journée. Suffisamment d’information ? D’où provient-elle ? Les participants s’informent-ils librement ? leur propose-t-on des dossiers ? leur apporte-t-on des éclaircissements à propos de questions plus techniques ? quels liens leur propose-t-on entre les questions sur lesquelles ils réfléchiront ? quelles conséquences la décision sur l’une aura sur les autres ?
Je me permet de douter de cette capacité, non que les participants soient idiots, mais bien parce que les questions abordées ne se suffiront pas d’une expérience de la vie, parce qu’elles nécessitent du recul, une réflexion préparatoire et, surtout, la disposition d’esprit permettant d’envisager un projet de société dans sa complexité. Pour ne prendre qu’un exemple volontairement simple, une position sera prise concernant l’éthique du monde financier, la mobilité durable, la redistribution des richesses, l’immigration, l’enseignement,… Des liens évidents existent entre ces matières ? Les mettra-t-on en évidence ? Comment ? Imaginera-t-on le financement d’éventuelles mesures pratiques ? Dans ce cas, les participants disposeront-ils des connaissances en matière d’économie (micro et macro), de fiscalité (principes comptables et juridiques), etc. ? J’en doute fortement.
Cependant, je l’ai dit, je ne rejette en aucun cas le principe de cette manifestation. Elle a le grand mérite d’inciter les individus à s’interroger, à s’informer, à prendre du recul et à s’exprimer sur des questions de société et à dimension collective, à quitter la sphère confortable de sa propre petite vie, de son compte en banque et de ses plaisirs.
Simplement, on se trompe de méthodologie. Soit on se raccroche à celle du sondage et on en reste là, on sélectionne des questions sur lesquelles les 1000 personnes s’exprimeront, par écrit ou via le web, mais chacun de son côté afin d’éviter l’influence de certains sur la majorité. Dans cette hypothèse, on présente le résultat comme un sondage et uniquement comme tel. Soit, on approfondit l’exercice de discussion par des séances d’informations, d’explication (par des experts de sensibilités diverses) et de travail préalables et, dès lors, l’exercice doit porter sur une période plus longue. Alors seulement, on peut avancer une prise de position, non pas représentative de la population, mais d’un groupe de travail qui, lui, peut être représentatif. La nuance est de taille sachant que le groupe aura mené un travail bien plus profond et alimenté que celui de la population.
Cette initiative montre, une fois de plus, qu’on veut mettre la charrue avant les bœufs en matière de participation. Dans divers domaines, nous avons besoin d’une préparation préalable à la complexité afin d’accroître nos capacités de réflexion sur des questions elles-mêmes complexes. Sans cela, malgré notre bonne volonté et nos efforts, nous prenons le risque d’avancer dans la mauvaise direction et, au final, de faire plus de mal que de bien…
Plus d’info à propos de cette initiative : http://www.g1000.org/fr/
10:19 Écrit par Laurent Scholaers dans Perso, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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02.11.2011
Gueule de bois…
Je dois bien avouer un arrière-goût désagréable, ce matin, une certaine lassitude et même, de franches nausées. Non, je n’ai pas trop bu puisque je ne consomme pas d’alcool. Et non, ce n’est pas la Toussaint, même si ce jour m’est toujours aussi pénible, même s’il m’est toujours aussi difficile de surmonter la perte de proches avec lesquels j’espérais encore passer du temps. Cette gueule de bois me vient des décisions politiques qui mettent en danger des institutions, une monnaie, un projet, des valeurs auxquels je tiens énormément.
Je le dis aussi souvent que possible, je suis très fier d’appartenir à cette grande communauté des européens, de pouvoir circuler librement sur ce grand territoire, à la fois chargé d’histoire et désormais pacifié. Et pourtant…
Pourtant, ils sont quelques-uns à exprimer leur volonté de détricoter l’œuvre d’hommes courageux et visionnaires. Non pas de Gaulle, comme l’a injustement suggéré le Président Sarkozy lors de son intervention télévisée jeudi dernier et encore moins lui ! Non, je pense évidemment à Schuman, Spaak, Monnet, de Gasperi,… ces hommes qui ont imposé leur projet aux nationalistes, vendeurs d’armes et autres imbéciles rétrogrades. Je pense aussi à ces dizaines d’hommes politiques de tous pays qui y ont cru, qui se sont investis dans ses institutions, qui les ont défendues bec et ongles contre les attaques et dans les pires moments. Je pense à ceux qui ont fait évoluer le projet vers ce qui sera peut-être un jour, une confédération. À eux et à eux seuls, j’ai envie de merci et continuez !
Quant aux nationalistes, à ceux qui militent pour un retour à leurs petits francs, petits marks ou petites drachmes, à ceux qui pleurent leur souveraineté de petits peuples, qui voient dans la paix et la coopération une perte de fierté, je les exhorte à ouvrir les yeux et à réfléchir deux secondes à ce vers quoi ils nous emmènent. Veulent-ils la ruine de leur peuple ? La guerre, peut-être ? Bien, qu’ils poursuivent leur œuvre alors. Ils entreront dans les livres d’Histoire aux côtés des destructeurs, des bourreaux, des monstres ou des idiots ! A leur place, je préfèrerais y entrer comme un bâtisseur, un rassembleur, un pacificateur ou un acteur de la prospérité de mon peuple…
Quant au premier ministre grec, c’est peut-être lui qui renforce mon sentiment de nausée, aujourd’hui. Voilà un homme qui se bat pour sortir son pays d’une situation quasi-inextricable, qui mobilise ses partenaires européens, qui fait appel à des sommes colossales, qui bouscule les marchés, angoisse des millions de gens et pour qui 16 pays prennent des risques considérables et qui, soudain, n’a pas le courage d’imposer à son peuple la seule voie possible. Un homme qui, d’un coup, renie sa parole, met ses partenaires dans l’embarras et se suicide politiquement.
Non, ce référendum n’a rien d’un acte ultime de démocratie. C’est de la pure bêtise. Poser une question simple à une population survoltée depuis des semaines à propos d’un problème complexe n’a aucun sens ! Qui, parmi les citoyens grecs, prendra le temps d’analyser froidement la situation du pays et les plans proposés ? Qui ? Qui prendra le recul qu’exige cet exercice ? Qui acceptera un plan de rigueur sans lequel, pourtant, tout un peuple sombrera dans le chaos ? Qui acceptera de regarder en face ces décennies de tricherie, à la fois de la part de l’Etat, de ses représentants et de chaque individu ? Qui acceptera de payer un impôt dû ? La majorité des Grecs ? Espérons-le…
À quoi s’attend alors le premier ministre ? A-t-il la naïveté de croire que son peuple va le suivre ? Pourtant l’un et l’autre n’ont pas le choix ! L’un et l’autre doivent accepter les mesures proposées, même si leur orgueil en prend un coup ! Préfèrent-ils mourir fier ou regagner leur fierté grâce à leurs efforts, leur travail, leur solidarité ? Et ne serait-ce pas un sacré manque de fierté et de sens de l’honneur que de nous entraîner dans leur chute ? Les mensonges et tricheries ne leur suffisent pas ?
Allons, amis grecs, ressaisissez-vous ! L’honneur n’est pas là où vous le cherchez !
Ajout du 03/11 : suite à l’annonce du probable retrait du référendum grec, je me dis que M. Papandreou a manqué une belle occasion de se taire. Alors qu’il aurait pu entrer dans l’Histoire de son pays comme l’homme visionnaire et courageux qui a redressé la situation, gagné la confiance de ses partenaires, réduit la dette publique et attiré des capitaux, il passera pour un idiot qui s’est politiquement suicidé en direct face aux principaux dirigeants du G20, face aux medias, au monde, à son peuple. S’il a voulu bousculer son opinion publique, créer un électrochoc ou jouer un coup politique, il a fait aussi fort que M. Chirac avec sa dissolution de l’Assemblée. En 24h, cet homme, pourtant estimable, a réduit à néant des mois d’un travail courageux…
10:24 Écrit par Laurent Scholaers dans Géopolitique, Perso, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, europe, avenir, économie, géopilitique, grèce, papadréou |
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