02.11.2011

Gueule de bois…

Je dois bien avouer un arrière-goût désagréable, ce matin, une certaine lassitude et même, de franches nausées. Non, je n’ai pas trop bu puisque je ne consomme pas d’alcool. Et non, ce n’est pas la Toussaint, même si ce jour m’est toujours aussi pénible, même s’il m’est toujours aussi difficile de surmonter la perte de proches avec lesquels j’espérais encore passer du temps. Cette gueule de bois me vient des décisions politiques qui mettent en danger des institutions, une monnaie, un projet, des valeurs auxquels je tiens énormément.

Je le dis aussi souvent que possible, je suis très fier d’appartenir à cette grande communauté des européens, de pouvoir circuler librement sur ce grand territoire, à la fois chargé d’histoire et désormais pacifié. Et pourtant…

Pourtant, ils sont quelques-uns à exprimer leur volonté de détricoter l’œuvre d’hommes courageux et visionnaires. Non pas de Gaulle, comme l’a injustement suggéré le Président Sarkozy lors de son intervention télévisée jeudi dernier et encore moins lui ! Non, je pense évidemment à Schuman, Spaak, Monnet, de Gasperi,… ces hommes qui ont imposé leur projet aux nationalistes, vendeurs d’armes et autres imbéciles rétrogrades. Je pense aussi à ces dizaines d’hommes politiques de tous pays qui y ont cru, qui se sont investis dans ses institutions, qui les ont défendues bec et ongles contre les attaques et dans les pires moments. Je pense à ceux qui ont fait évoluer le projet vers ce qui sera peut-être un jour, une confédération. À eux et à eux seuls, j’ai envie de merci et continuez !

Quant aux nationalistes, à ceux qui militent pour un retour à leurs petits francs, petits marks ou petites drachmes, à ceux qui pleurent leur souveraineté de petits peuples, qui voient dans la paix et la coopération une perte de fierté, je les exhorte à ouvrir les yeux et à réfléchir deux secondes à ce vers quoi ils nous emmènent. Veulent-ils la ruine de leur peuple ? La guerre, peut-être ? Bien, qu’ils poursuivent leur œuvre alors. Ils entreront dans les livres d’Histoire aux côtés des destructeurs, des bourreaux, des monstres ou des idiots ! A leur place, je préfèrerais y entrer comme un bâtisseur, un rassembleur, un pacificateur ou un acteur de la prospérité de mon peuple…

Quant au premier ministre grec, c’est peut-être lui qui renforce mon sentiment de nausée, aujourd’hui. Voilà un homme qui se bat pour sortir son pays d’une situation quasi-inextricable, qui mobilise ses partenaires européens, qui fait appel à des sommes colossales, qui bouscule les marchés, angoisse des millions de gens et pour qui 16 pays prennent des risques considérables et qui, soudain, n’a pas le courage d’imposer à son peuple la seule voie possible. Un homme qui, d’un coup, renie sa parole, met ses partenaires dans l’embarras et se suicide politiquement.

Non, ce référendum n’a rien d’un acte ultime de démocratie. C’est de la pure bêtise. Poser une question simple à une population survoltée depuis des semaines à propos d’un problème complexe n’a aucun sens ! Qui, parmi les citoyens grecs, prendra le temps d’analyser froidement la situation du pays et les plans proposés ? Qui ? Qui prendra le recul qu’exige cet exercice ? Qui acceptera un plan de rigueur sans lequel, pourtant, tout un peuple sombrera dans le chaos ? Qui acceptera de regarder en face ces décennies de tricherie, à la fois de la part de l’Etat, de ses représentants et de chaque individu ? Qui acceptera de payer un impôt dû ? La majorité des Grecs ? Espérons-le…

À quoi s’attend alors le premier ministre ? A-t-il la naïveté de croire que son peuple va le suivre ? Pourtant l’un et l’autre n’ont pas le choix ! L’un et l’autre doivent accepter les mesures proposées, même si leur orgueil en prend un coup ! Préfèrent-ils mourir fier ou regagner leur fierté grâce à leurs efforts, leur travail, leur solidarité ? Et ne serait-ce pas un sacré manque de fierté et de sens de l’honneur que de nous entraîner dans leur chute ? Les mensonges et tricheries ne leur suffisent pas ?

Allons, amis grecs, ressaisissez-vous ! L’honneur n’est pas là où vous le cherchez !

 

Ajout du 03/11 : suite à l’annonce du probable retrait du référendum grec, je me dis que M. Papandreou a manqué une belle occasion de se taire. Alors qu’il aurait pu entrer dans l’Histoire de son pays comme l’homme visionnaire et courageux qui a redressé la situation, gagné la confiance de ses partenaires, réduit la dette publique et attiré des capitaux, il passera pour un idiot qui s’est politiquement suicidé en direct face aux principaux dirigeants du G20, face aux medias, au monde, à son peuple. S’il a voulu bousculer son opinion publique, créer un électrochoc ou jouer un coup politique, il a fait aussi fort que M. Chirac avec sa dissolution de l’Assemblée. En 24h, cet homme, pourtant estimable, a réduit à néant des mois d’un travail courageux…

 

 

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