07.08.2011

Quand l'autre entre en scène

Alors qu’au cours de la soirée j’ai eu le sentiment de ne pas convaincre en évoquant certaines idées et de ne trouver que très peu de reconnaissance dans le regard de mes interlocuteurs lorsque je les développais, je me suis replongé, avant de m’endormir, dans Cinq questions de morale d’Umberto Eco. Et j’y ai trouvé (en page 122 de l’édition de Poche, dans le chapitre « Quand l’autre entre en scène », partie d’un échange avec le Cardinal Martini sur le thème «  en quoi croit celui qui ne croit pas »), les hasards sont parfois surprenants, un passage qui me trouble encore maintenant, non pour son rapport à la foi mais bien plus simplement pour l’importance de l’autre dans la construction de soi, dans le développement de l’estime de soi : « Pas plus que nous ne pouvons vivre sans manger ni dormir, nous ne parvenons pas à comprendre qui nous sommes sans le regard et la réponse de l’autre. Même celui qui tue, viole, vole, outrage, le fait à des moments exceptionnels, et, le reste du temps, il mendie auprès de ses semblables approbation, amour, respect, louange. Même à l’être qu’il humilie, il demande la reconnaissance de la peur et de la soumission. Sans cette reconnaissance, l’enfant né en pleine forêt ne s’humanise pas (ou bien, à l’instar de Tarzan, il cherche à tout prix l’autre dans le visage d’un singe), et l’on pourrait mourir ou devenir fou si l’on vivait dans une communauté dont chaque membre aurait décidé, systématiquement, de ne jamais nous regarder et de se comporter comme si nous n’existions pas. »

On a beau disposer d’une force, d’un potentiel, d’idées et d’énergie, la clé et le moteur sont ailleurs. Que l’autre nous les accorde est un cadeau sans prix, qu’il nous les refuse est une forme de barbarie. Et si l’on songe au lien entre les humains, aux liens qui se sont distendus dans nos sociétés, que nous gagnerions à retisser, nous devrions non pas nous focaliser sur des objectifs matérialistes, économiques ou politiques mais bien sur la dimension fondamentale de nos rapports : (ré)apprendre à offrir à l’autre l’attention, le regard et l’écoute qui lui permettront de s’aimer, de se construire, de se développer, avec ses qualités et ses défauts, ses forces et faiblesses, tel qu’il est et tel qu’il veut être, sans psy ni coach, simplement avec les siens… Du coup, j’ai mal dormi…

 

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